Cet imposant opéra, qui devrait ouvrir ses portes à la fin de l’année, sera l’un des nouveaux édifices remarquables du futur paysage urbain de la grande métropole du centre-ouest de Taiwan. A partir de 2018, c’est la Tour de Taiwan, une construction encore plus originale, qui devrait dominer la ville du haut de ses 300 m. Conçue par un autre architecte nippon, Sou Fujimoto, la tour s’inscrira dans le projet de « Porte d’entrée de Taichung », une nouvelle zone imaginée par une équipe dirigée par Stan Allen, ancien directeur de l’Ecole d’architecture de l’Université de Princeton, dans le New Jersey, aux Etats-Unis. Avec des musées, un centre d’exposition et un éco-parc, cet espace en devenir a déjà remporté en 2008 le Prix de l’architecture progressiste décerné par la publication américaine Architect Magazine. Ce prix récompense des projets non encore réalisés pour l’excellence de leur conception.
Depuis la fusion de la ville et du district de Taichung en une même municipalité spéciale en décembre 2010, la métropole a l’ambition de renouveler son image. Son port, son aéroport international, sa connexion au réseau ferroviaire classique et à celui du Train à grande vitesse de Taiwan (THSR) – qui relie Taipei, au nord, à Kaohsiung, au sud – font de la ville le point de passage quasi-obligé pour la desserte des districts de Nantou et de Changhua. La région centrale de Taiwan, qui compte 4,5 millions d’habitants au total, peut ainsi rendre accessible aux visiteurs ses ressources culturelles et son cadre naturel, lesquels font l’objet d’une attention toute particulière des associations de protection du patrimoine et de l’environnement.
Le patrimoine culturel contribue à façonner l’image de la région, en particulier à Taichung et Changhua. Par exemple, la gare de Taichung, point d’accès à tout l’arrière-pays pour de nombreux visiteurs, est l’un des neuf bâtiments des environs à être inscrits sur la liste nationale des monuments historiques. Construite en 1917, son architecture est de type occidental. La demeure et le jardin de la famille Lin, dans l’arrondissement de Wufeng au sud de Taichung, sont également classés. Comme de nombreux sites de la région, ils ont été gravement endommagés par le tremblement de terre du 21 septembre 1999. La partie centrale de la résidence, en particulier, a alors subi d’importants dommages. Le bureau du Patrimoine culturel (BOCH), qui dépend du ministère de la Culture et a son siège à Taichung, a consacré 600 millions de dollars taiwanais à la consolidation des fondations de la demeure et à sa réparation.
On trouve également un riche patrimoine culturel dans le district de Changhua. « L’endroit fut l’un des premiers où s’installèrent les colons en provenance de Chine continentale », explique Tian Fei-peng [田飛鵬], le directeur des Affaires culturelles du district de Changhua.
Le port de Lugang, aménagé en 1784, a revêtu une importance primordiale jusque dans les années 1840. On trouve en outre à Lugang le temple de Lungshan, l’un des six sites historiques nationaux du district de Changhua. Au total, le district abrite 43 sites et monuments inscrits sur les listes nationale et locale du patrimoine historique, contre 42 pour la municipalité spéciale de Taichung. Le district de Nantou, le seul à Taiwan sans façade maritime, compte quant à lui 15 de ces sites, dont le sentier historique de Batongguan, long de 265 km et qui relie Jhushan, dans le district de Nantou, à Yuli, dans celui de Hualien, sur la côte orientale de Taiwan. Tracé en 1875, le sentier traverse l’actuel Parc national de Yushan et, même s’il a en partie été recouvert par la végétation, certains tronçons sont encore praticables.
Parmi les monuments de Changhua, Tian Fei-peng souligne l’importance non seulement du temple dédié au penseur chinois Confucius [孔子], comme ailleurs à Taiwan, mais aussi des anciennes écoles privées de la ville. Par ailleurs, la majorité des habitants de Lugang ont des ancêtres originaires de Quanzhou, un port de la province chinoise du Fujian dont les habitants sont réputés pour leur sens du commerce, relate Tian Fei-peng. « A mesure qu’ils se sont enrichis, ils se sont efforcés de donner à leurs enfants une éducation de qualité. C’est pourquoi les instituts privés ont fleuri dans les environs. »
Aujourd’hui encore, le district de Changhua est connu pour être, encore plus qu’ailleurs à Taiwan, une terre d’entrepreneurs. Les fondateurs d’Acer et d’ASUSTek Computer sont tous deux nés à Lugang, tout comme celui du groupe Pou Chen, fabricant en sous-traitance de chaussures de sport pour Nike, entre autres marques internationales. Ce dernier, par l’intermédiaire de sa Fondation Yue Yuan pour l’éducation, a d’ailleurs consacré pas moins de 150 millions de dollars taiwanais à la réfection du temple de Lungshan qui avait été endommagé par le séisme de 1999. La fondation a en outre dépensé 11 millions de dollars pour restaurer les peintures murales de l’édifice. Ces actions de mécénat sont encouragées par le BOCH, explique son directeur Shy Gwo-long [施國隆], et la fondation Yue Yuan a logiquement figuré parmi les premiers lauréats des prix de la préservation du patrimoine décernés depuis 2010 par le bureau.
L’intérêt croissant des Taiwanais pour le patrimoine culturel se traduit par des changements de pratiques touristiques. « On avait l’habitude de voir les visiteurs rester une petite heure à Lugang pour recevoir la bénédiction de la déesse Mazu [媽祖] au temple de l’Impératrice du Ciel [un autre site historique de Changhua] et déguster quelques spécialités locales, mais maintenant ils passent volontiers quatre ou cinq heures à se promener dans les ruelles des quartiers anciens et à visiter les boutiques des artisans », dit Shih Chih-ching [施芝菁], la secrétaire générale de l’Association des guides touristiques de Taichung. Outre Lugang, ajoute-t-elle, la ville de Tianwei, toujours dans le district de Changhua, attire de nombreux touristes avec ses jardins et ses productions horticoles.
Les industries culturelles et créatives ont, elles aussi, le vent en poupe. « Creative Taichung », un événement annuel lancé par la municipalité en 2011, braque les projecteurs sur ce secteur et met en valeur les rues de la ville où celui-ci est en plein développement. « Le tissu économique de Taichung est traditionnellement formé de petites et moyennes entreprises dont on aurait pu penser qu’elles étaient en déclin ou s’étaient délocalisées, mais en fait, beaucoup sont toujours là et de nouvelles voient le jour en misant sur l’ajout d’une valeur artistique et culturelle à leurs produits », dit Lu Mei-yue [陸美玥], en charge de l’événement à la mairie de Taichung.
L’Etat est également un acteur de ce développement local avec le Parc culturel et créatif de Taichung, situé en centre-ville et qui est géré directement par le BOCH, sous l’égide du ministère de la Culture – un cas unique dans l’île. De la sorte, ce parc est moins menacé que d’autres à Taiwan par les dérives mercantiles et loue ses espaces d’exposition à des tarifs raisonnables. Le résultat est convaincant, avec près de 500 000 visiteurs l’an dernier.
Des progrès ont été accomplis en termes de protection de la nature. « Un environnement sain est primordial car le futur de Taiwan passe en partie par le développement du tourisme », dit Yang Ming-qing [楊明青], le président du département d’Etudes sur les loisirs et de Gestion touristique à l’Université nationale Chi Nan, à Nantou.
Le temple de Lungshan, à Lugang, est l’un des six sites historiques nationaux que compte le district de Changhua. (PHOTO AIMABLEMENT FOURNIE PAR LE BUREAU DU PATRIMOINE CULTUREL DU MINISTÈRE DE LA CULTURE)
Le pédiatre Chien Jien-wen [錢建文] est le directeur adjoint du chapitre de Taichung de la Société de la nature (SOW), l’une des principales associations environnementales de Taiwan, dont le siège est à Taipei. L’antenne de Taichung suit l’évolution des conditions écologiques dans les districts de Nantou et de Changhua, et organise régulièrement des déplacements sur le terrain pour contribuer à la sensibilisation du public. Ce type d’activités, relève Chien Jien-wen, remporte un succès croissant. « Pour inciter les gens à mieux protéger l’environnement, dit-il, nous les emmenons en pleine nature pour leur faire découvrir la grande diversité des espèces végétales et animales à Taiwan. A cette occasion, nous enquêtons pour repérer les atteintes à l’environnement causées par des activités humaines et, le cas échéant, nous alertons les autorités. » Chaque mois à peu près, Chien Jien-wen emmène ainsi un groupe de visiteurs au mont Hehuan, dans la chaîne centrale de montagnes, à la limite des districts de Nantou et de Hualien. C’est l’un des cinq sites où la SOW de Taichung se rend régulièrement.
Le séisme du 21 septembre 1999 a tué plus de 2 000 personnes et provoqué de très importants dégâts. Une fois le traumatisme surmonté, il a toutefois représenté pour les villes et les villages les plus touchés une opportunité de réorienter leur développement sur un mode plus durable. Certaines localités ont ainsi choisi de promouvoir un tourisme vert. Huang Chih-yuan [黃志源], chargé d’éducation à l’environnement à la SOW de Taichung, cite deux initiatives exemplaires : le village écologique de Taomi, à Puli, dans le district de Nantou, où l’on trouve une très grande variété d’espèces de grenouilles, et le village de montagne de Daxue, dans l’arrondissement de Heping, à Taichung, où, à certaines saisons, les visiteurs peuvent venir se promener le soir parmi les lucioles.
Des efforts qui portent leurs fruits
Dans le même temps, la région a connu de fortes mobilisations contre des projets industriels. La plus emblématique a sans doute été l’action menée par des organisations de protection de l’environnement, dont la SOW, pour pousser Kuokuang Petrochemical Technology à abandonner son projet de raffinerie sur des terres gagnées sur la mer, sur la côte du district Changhua. Le projet de construction a été abandonné en mars 2011 – une bonne nouvelle pour la zone humide située près du village de Wanggong, sur la commune de Fangyuan.
Après être intervenu pendant des années en milieu scolaire pour sensibiliser les enfants au respect de l’environnement, Huang Chih-yuan travaille aujourd’hui dans le secteur du tourisme. Pour lui, Wanggong, avec ses traditions, sa zone humide et son importante activité ostréicole, est l’un des endroits à ne pas manquer quand on visite le centre de Taiwan. « Les touristes venus de Chine continentale, où les montagnes et les lacs sont plus imposants qu’ici, ne sont peut être pas impressionnés par les paysages de Taiwan mais ils ne restent pas indifférents au charme de Wanggong », assure-t-il.
Outre Wanggong, Huang Chih-yuan vante la beauté des sentiers serpentant autour du mont Bagua, à la limite des districts de Nantou et de Changhua. Il y a par exemple l’ancien sentier de Shi Ba Wan, qui servait autrefois au transport du sel, ou l’ancien sentier du portage d’eau, dont les pouvoirs publics font aujourd’hui la promotion notamment au printemps, quand les aleurites qui le bordent sont en fleurs. Le mont Bagua, sur le flanc duquel une gigantesque sculpture de Bouddha assis a été édifiée, fait partie de la Région panoramique nationale des trois montagnes, qui inclut aussi le mont Li, à Taichung, et le mont de la Tête de lion, dans le district de Miaoli, au nord de Taichung. Il s’agit de l’une des deux aires panoramiques nationales du centre de Taiwan – l’autre englobe le lac du Soleil et de la Lune, dans le district de Nantou.
Du point de vue de la mise en valeur des richesses naturelles et culturelles de la région, Shih Chih-ching, de l’Association des guides touristiques de Taichung, se félicite de la fusion de la ville et du district de Taichung en une municipalité spéciale, qui a entraîné une hausse des budgets alloués au développement du tourisme local. « Les installations à proximité de la zone humide de Gaomei, par exemple, ont été améliorées », dit-elle. En outre, un nouveau centre d’information pour les touristes devrait y ouvrir ses portes à la fin de cette année.
Le district de Nantou est réputé pour ses sites naturels mais on peut aussi y admirer un patrimoine historique comme ici à Zhongxing. (CNA)
Le port de pêche de Wuqi, au sud de Taichung, a lui aussi bénéficié de cette réorganisation administrative. Lorsque son ravalement sera achevé à la fin de cette année, il comptera un nouveau quai, un marché aux poissons rénové et sera desservi par une piste cyclable, indique Chang Ta-chun [張大春], le directeur de l’office du Voyage et du Tourisme de Taichung.
La coopération entre la municipalité spéciale de Taichung et les districts de Changhua et de Nantou s’est elle aussi intensifiée. « Nous nous concertons pour la construction d’infrastructures et travaillons ensemble par exemple pour connecter entre eux nos réseaux de pistes cyclables », dit Chang Ta-chun.
Pour Taichung, les offices de tourisme et les voyagistes mettent l’accent sur le paysage urbain, les marchés de nuit, les boutiques et les hôtels de luxe – sans oublier les attractions du bord de mer. « Depuis Taichung, les visiteurs peuvent partir pour la journée explorer les temples ou les merveilles de la nature, avant de revenir en ville en soirée profiter des marchés de nuit et d’un séjour dans un hôtel tout confort », résume Chang Ta-chun.
Zhongxing, dans le district de Nantou, abritait autrefois le siège du gouvernement de la province de Taiwan, un échelon administratif mis en sommeil en 1996 suite à une réforme constitutionnelle. Le site, dont l’importance culturelle a été reconnue par le BOCH, est maintenant placé sous la responsabilité du district et c’est là qu’a été organisé cette année le festival des Lanternes de Taiwan, un événement national qui dure dix jours et se tient chaque année dans une localité différente, juste après le Nouvel An lunaire.
Boum du tourisme
Plus généralement, la région profite à plein des politiques décidées par l’Etat pour développer le tourisme à Taiwan. En juillet 2008, le gouvernement levait les restrictions qui pesaient sur la venue de groupes de touristes chinois, et beaucoup d’entre eux allaient s’empresser d’arpenter les rives du lac du Soleil et de la Lune, dont la réputation n’est plus à faire. Ce soudain afflux a encouragé l’Etat à moderniser un certain nombre d’infrastructures, la plus emblématique étant l’aéroport de Taichung. Depuis la mise en service d’un deuxième terminal, en mars 2013, le nombre de passagers venant d’outre-mer – principalement de la Chine continentale et de Hongkong – et qui empruntent l’aéroport est passé d’environ 3 500 en 2004 à plus d’un million l’année dernière.
En novembre 2011, des liaisons maritimes directes ont commencé à être assurées entre le port de Taichung et l’île chinoise de Pingtan, au large des côtes du Fujian. Un ferry à grande vitesse d’une capacité de 760 passagers a ainsi transporté l’an dernier 43 000 personnes entre les deux rives, dont 95% de Chinois du continent.
Dans le même temps, le ministère des Transports et des Communications poursuivait les travaux engagés en 2009 pour surélever 21,7 km de voies ferrées traversant des quartiers densément peuplés de Taichung. Il a aussi entrepris la construction de trois nouvelles gares du Train à grande vitesse de Taiwan à Changhua, à Yunlin et à Miaoli, ces deux dernières villes étant respectivement situées au sud de Changhua et au nord de Taichung.
Cette accessibilité renforcée, espère Chang Ta-chun, amènera les touristes à sortir des sentiers battus. Yang Ming-qing de l’Université nationale Chi Nan pense lui aussi que d’autres localités valent le détour. De ce point de vue, ajoute-t-il, les touristes taiwanais contribuent à montrer la voie en popularisant de nouveaux sites qui, demain, donneront à voir aux visiteurs étrangers toute la beauté naturelle et la diversité culturelle de la région.